Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Publications - Lettre Prometheus - Nos thématiques - Santé - Publications - Lettre Prometheus - Septembre 2013

Par Julia Peyre, Aurélien Bibaut, Thomas Ducreux, Thomas Ferreira de Lima, (Ecole Polytechnique ParisTech, Promo X 2011).

Si cette industrie a connu un accroissement de ses activités de 6,1% entre 2007 et 2011, l’IMS Health prévoit pour les cinq années suivantes un ralentissement entre 3% et 6%.

UNE DOUBLE MENACE

Les « Big Pharma » exposées à une progressive perte de compétitivité face aux génériques et à de plus petites entreprises.

A côté des défis « classiques », le XXIème siècle soumet l’industrie pharmaceutique à de nouveaux écueils. La mondialisation expose les entreprises à davantage de concurrence et les soumet au risque du pillage technologique, car la copie est rendue plus aisée par l’accroissement des échanges.

De plus, le développement des génériques, soutenu par les gouvernements qui y voient un allègement des dépenses de santé, constitue la principale menace sur les industries productrices de princeps.

La montée en puissance de pôles d’excellence dans de nouveaux pays concurrents.

La recherche pharmaceutique sur une pathologie particulière nécessitant la proximité des patients qui en sont affectés, il s’avère pertinent de considérer une implantation locale du processus de R&D. Le développement de la recherche dans les pays émergents pose la question de l’environnement scientifique : l’industrie pharmaceutique requiert des technologies de pointe, et donc un tissu industriel adéquat, avec des chercheurs qualifiés, ce qui rend – initialement – plus difficile la création d’un centre de recherche dans un pays en développement, que dans un pôle technologique préexistant.

A ce sujet toutefois, l’environnement académique,  par exemple en Chine, se révèle désormais de bon niveau.

La stratégie commerciale de nombreux groupes occidentaux mise effectivement sur la croissance par l’implantation dans les pays émergents, comme étant une des pistes les plus prometteuses. « Le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique, la Turquie, la Corée du Sud et la Russie représenteront 30 % du marché mondial des médicaments en 2016 quand les marchés développés, eux, compteront pour seulement 57 % d’ici à 2016 (contre 66 % en 2011), selon IMS Health » (1). L’investissement peut revêtir plusieurs formes. Il peut s’agir d’investissements purement commerciaux, où l’objectif de pénétrer les marchés locaux se traduit par l’implantation d’unités de fabrication et de distribution. Mais certaines entreprises font le choix d’installer des unités de recherche directement dans les régions qu’elles ciblent.

DES PISTES DE REFLEXION

Plusieurs pistes sont mises en avant par les observateurs de l’économie pharmaceutique. Certaines consistent en l’adoption de mesures politiques, d’autres touchent le cœur de la stratégie commerciale et technologique des entreprises du secteur.

Les brevets, moteur et frein à l’innovation

Ce débat récurrent souligne que dans le secteur de l’industrie pharmaceutique, les recherches s’effectuent sur des domaines très liés. Ainsi, l’innovation suppose presque systématiquement l’utilisation d’un résultat précédemment breveté, ce qui est source d’incertitude sur le propriétaire de l’innovation.

Cette incertitude est exploitée par les «patent trolls» qui n’ont cessé de se développer depuis le début du 21ème siècle. D’après Colleen Chien, une spécialiste en droit des brevets, 62% des plaintes déposées aux Etats-Unis en 2012, pour violation de brevets, sont issues d’entreprises spécialisées dans la gestion et la monétisation des brevets, contre 45% en 2011.

Ainsi, la fonction première des brevets a été détournée. Désormais, tandis que les «patent trolls» acquièrent des brevets pour exercer du chantage, les entreprises productrices en accumulent pour des raisons défensives, afin d’être inattaquables ou de pouvoir répliquer. Ce qu’elles investissent dans le domaine juridique n’est pas investi en recherche et développement.

Dans ce nouveau monde, les start-ups sont les cibles des patent trolls, car elles ne possèdent pas de moyens de défense juridique et leurs produits, innovants, sont attaquables via d’anciens brevets. Selon Colleen Chien, 20% des entreprises attaquées par les patent trolls sont des start-ups et dans la majorité des cas, les affaires ne vont pas jusqu’au procès : un arrangement à l’amiable pour racheter le brevet est souvent préféré à un procès qui, même gagné, reste coûteux.

Mesures au niveau politique : le problème de la réglementation des prix en France

Le marché français apparaît peu attractif pour l’industrie pharmaceutique en matière de nouveaux produits, les innovations n’y étant souvent pas récompensées autant que dans certains marchés non administrés.

Les biotechnologies entre espoirs et attente

Les années 1990 et 2000 ont vu l’avènement des techniques, dites de biotechnologie. Théoriquement, elles permettent de soigner un vaste champ de pathologies. Cependant, si plusieurs centaines de traitement de ce type sont déjà utilisés (2), les résultats cliniques ne se sont pas encore montrés à la hauteur des attentes, peut être naïves, des investisseurs publics et industriels. Une baisse de cet engouement semble observée, ce que dénoterait la baisse du nombre d’essais cliniques de thérapies géniques à partir de 2007 (3).

Concrètement, si les thérapies géniques ne représentent pas pour l’instant un relais de croissance à court terme pour les grandes firmes pharmaceutiques, d’autres aspects des biotechnologies sont déjà exploités. La voie biotechnologique semble donc représenter une alternative ou un complément à la stratégie classique de développement de médicaments chimiques dits blockbusters qui demandent chacun un investissement considérable sans assurance de réussite. En tout état de cause, si ce dernier type d’investissement ne peut être mené que par les plus grandes entreprises du secteur, cette seconde voie laisse la place à l’apparition de toute une diversité de nouveaux acteurs.

(1) http://www.usinenouvelle.com/article/l-industrie-pharmaceutique
-mondiale-souffrira-jusqu-en-2015.N186472

(2) http://www.observateurocde.org/news/archivestory.php/
aid/982/Biotechnologies_et_industrie_pharmaceutique.html

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Thérapie_génique