Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Publications - Lettre Prometheus - Octobre 2016

billionaire-investor-george-soros-tells-the-eu-to-accept-millions-of-refugees-every-year-616541La protection des réfugiés est la priorité, et les frontières constituent un obstacle. Tels sont les mots de George Soros. Le milliardaire spéculateur, qui pèse aujourd’hui 25 milliards de dollars et dont la fortune a crû de 17 milliards depuis 2008, exprimerait-il ainsi sa fibre philanthrope ? La dernière fois que Soros a spéculé remonte à l’année 2007-2008, lorsqu’il prédisait une future crise immobilière, où il sut tirer son épingle du jeu.
La crise des migrants n’est donc pas le premier tour de passe-passe de Docteur George et Mister Soros. Le spéculateur prophétise que l’Europe aura du mal à absorber plus d’un million de migrants, mais dans son plan de septembre 2015, il demande dans le même temps que la même UE accueille un million de migrants par an, et subvienne aux coûts de leur logement, de leurs soins, de leur éducation, et ce pendant deux ans. En collaboration avec le Migration Policy Institute, un think tank domicilié à Washington et financé par d’influentes fondations américaines, l’Open Society de Soros a notamment produit, le 16 décembre 2015, le rapport « Accueillir l’engagement. Comment le sponsoring privé peut renforcer l’installation des réfugiés dans l’Union Européenne. » (1) Ce rapport proposait de mettre en place des sponsorings pour aider les migrants à venir s’installer dans leur pays de destination. Agissant parallèlement aux institutions publiques, ces programmes pourraient « aider à accroître le nombre de places disponibles pour les réfugiés », car ils se situeraient hors des quotas fixés pour chaque pays.
Une cartographie des ONG intervenant dans la crise des migrants expose le soutien massif que l’Open Society apporte à ces derniers, bien au-delà de l’action isolée de son ONG, accroissant ce flux que Soros décrit pourtant comme presque impossible à absorber. Ce positionnement est à mettre en perspective avec les investissements massifs de Soros dans l’or et l’argent : le Wall Street Journal souligne en effet que le Soros Fund Management a acquis plus de 19 millions d’actions de Barrick Gold Corporation, « une position qui a gagné plus de 90 millions de dollars depuis la fin du premier trimestre [2016] », ainsi qu’un million d’actions des mines Silver Wheaton Corporation. Soros a déjà fait un pari gagnant avec le Brexit, et une chute de l’Union Européenne – et donc de sa monnaie – lui profiterait également. A ce titre, autant la provoquer en fournissant un soutien actif aux ONG d’aide aux migrants. Le calcul est assez simple, Soros étant par ailleurs friand de psychologie sociale : 1) aider tant que faire se peut les migrants et faire du lobbying en faveur d’une politique migratoire ouverte, ce qui 2) crée une défiance envers l’Union Européenne, suscite des mouvements de contestation et aboutit à un vote majoritaire pour le Brexit, permettant à Soros de 3) accroître à nouveau sa fortune grâce à sa spéculation sur l’or : « […] à l’annonce de la victoire du Brexit, l’once d’or a […] bondi de plus de 4%, remontant à son plus haut niveau depuis deux ans. Depuis le début de l’année, la ‘relique barbare’ a gagné 24%, pour atteindre 1 320,20$ l’once […]. Le cours de l’argent a flambé de 29% depuis le 1er janvier pour s’établir à 17,765$ l’once […]. A la Bourse de Toronto, le titre de Barrick Gold a été multiplié par 2,5 depuis le début de l’année, tandis que celui de Silver Wheaton a bondi de 60% sur la place canadienne. » (2) La troisième semaine de septembre, l’or reste à 1 312$ l’once, et l’argent est à presque 19$.
L’Open Society est la première active, mais cela passe également par exemple par 1) la Central European University (CEU – Université d’Europe Centrale, créée en 1991 par Soros), qui aide par exemple Migration Aid, une ONG britannique d’aide matérielle sur le terrain, qui a, entre autres, mis au point Infoaid, une application mobile d’aide aux migrants 2) Solidarity Now, créée en Grèce par l’Open Society en 2013 et qui entend, notamment en finançant d’autres organisations, prendre un poids conséquent au sein de la « société civile » grecque. En parallèle, l’Open Society finance plus d’une vingtaine d’ONG de natures diverses, et qui œuvrent pour l’accueil de ces réfugiés :

1) Refugee Aid Miksalište : Serbe, elle apporte son aide sur le terrain au sein d’un centre de transit pour migrants à Belgrade. Elle fut fondée par la Mikser House et la Divac Foundation. Cette dernière, comme d’autres étudiées ci-dessous, a plusieurs sponsors, mais nous nous limiterons à chaque fois à mentionner quand l’Open Society y figure. C’est ici le cas, via la Foundation for an Open Society Serbia.
2) Migrant’s Help Association for Hungary (MigHelp) : Hongroise, elle fut créée par des migrants et leurs soutiens, parmi lesquels l’Open Society Budapest. L’ONG dispense des cours de langue et d’informatique pour aider les migrants à trouver un emploi. Elle renvoie par ailleurs vers Menédek, une autre ONG d’aide aux migrants financée par l’Open Society.
3) Menédek – Hungarian Association for Migrants agit en dispensant des formations, dans le plaidoyer, l’aide juridique et le lobbying depuis plus de vingt ans. L’ONG donne des cours – en invitée – à l’Université d’Europe Centrale, et travaille, selon ses propres termes, à rendre la société hongroise « plus ouverte » à l’égard des migrants.
4) International Rescue Committee : cette ONG d’origine américaine ne précise pas être financée par l’Open Society, mais l’information se trouve dans le bilan de l’ONG de Soros pour l’année 2014 (subvention de 150 000 dollars) (3). L’IRC agit de façon polyvalente : aide active sur le terrain (voir activisme avec Refugeeinfo.eu), lobbying, rapports, partenariats divers. Elle apporte en outre une aide logistique.
5) PICUM (Plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers) : l’Open Society apporte son soutien financier depuis 2014 seulement, elle est en effet absente des rapports financiers des quinze années qui précèdent. PICUM se compose d’une centaine d’organisations, mais l’Open Society fait parties des trois ONG citées en page principale et remerciées. Particulièrement influente sur le plan institutionnel, PICUM publie des rapports, fait du lobbying, apporte son aide juridique, et mène des campagnes.
6) EPIM (European Program for Integration and Migration) : son rôle premier est, d’après son site, de « renforcer le rôle joué par la société civile en influençant les politiques de développement européennes et en promouvant des approches constructives pour la migration en Europe. »
7) Oxfam : cf. l’article dédié de la présente lettre, consacré aux nombreux liens entre cette ONG et l’Open Society. Ici, Oxfam produit des rapports et apporte son aide sur le terrain dans plusieurs pays touchés par la « crise des migrants ». (4)
8) Internews : sa branche intitulée NewsThatMoves fournit de nombreuses informations pratiques aux migrants (i. e. une aide illégale), afin que ces derniers puissent se rendre à leur destination.
9) UNITED for Intercultural Action : ce réseau d’activistes, qui agit également dans le lobbying et les plaidoyers, réclame une Europe sans frontières et veut montrer qu’ « un grand nombre de personnes croient en une société ouverte interculturelle ».
10) ADRA (Adventist Development and Relief Agency) : fondée en 1956, elle est notamment financée par l’Open Society Sofia. Cette ONG internationale apporte une aide matérielle et informationnelle aux migrants, agit comme lobby et fournit une l’aide juridique.
11) MigAid : cf. supra, avec la CEU.
12) Vaša Prava BiH : réseau d’assistance juridique qui se trouve en Bosnie-Herzégovine.
13) MYLA (Macedonian Young Lawyers Association) : la Foundation for an Open Society Macedonia fait partie de ses partenaires. Centrée sur l’aide juridique, le lobbying et les plaidoyers, cette ONG n’aide pratiquement que les réfugiés et les migrants. Sur les près de 9 000 bénéficiaires (qu’elle revendique) de son action, 64% seraient des demandeurs d’asile, 12% seraient des apatrides, et 9% seraient des réfugiés reconnus.
14) Praksis : cette ONG grecque agit dans plusieurs pays en menant du lobbying, des plaidoyers, une aide sur le terrain et / ou juridique. Elle est par ailleurs membre de l’International Drug Policy Consortium, soutenu par des fonds parmi lesquels se trouve l’Open Society.
15) Albanian, Bulgarian & Hungarian Helsinki Committees : ces comités furent initialement montés pour aider les gens victimes de persécutions dans les pays totalitaires. Ils se dédient à la défense des droits de l’homme et agissent de ce fait pour venir en aide aux migrants, au travers de lobbying, de rapports, d’aide juridique et de plaidoyers divers.
16) Legis : née en Macédoine, cette ONG apporte son aide sur le terrain (en envoyant des juristes informer les migrants de leurs droits) et sur le plan juridique, fait du lobbying et mène des plaidoyers. Son activité semble exclusivement dédiée aux migrants. (5) On notera qu’elle dispose de plusieurs partenaires mais qu’elle n’a lancé de « concours » en faveur de l’aide humanitaire qu’avec l’Open Society.
17) Grupa 484 : cette ONG serbe travaille entre autres avec Oxfam et l’International Rescue Committee. Elle fournit une aide juridique et sur le terrain. Elle agit en Serbie et en Europe du Sud-Est.
18) Praxis : Serbe également, et créée à Belgrade, initialement sur l’impulsion du Norwegian Refugee Council, Praxis apporte des services d’aide juridique gratuite et travaille au renforcement de la place des migrants dans la société.
19) Atina : Serbe, Atina agit dans de nombreux domaines. L’ONG a, entre autres, réalisé le court documentaire « Up the Road », qui rapporte les vœux des migrants et dénonce le refus des populations nationales de les accueillir. Son réseau dépasse les Balkans, pour s’étendre jusqu’aux pays d’Europe occidentale, où elle dispose de partenaires.
20) Greek Council for Refugees : depuis 2013, l’Open Society la finance, à raison de plus de 100 000 dollars à chaque fois. D’ailleurs, ses plus récentes actions menées en Grèce, en 2015, ont été financées par l’Open Society. (6) L’ONG aide sur le terrain, sur le plan juridique, mène des plaidoyers et fait du lobbying.
21) Novosadski Humanitarni Centar : Serbe et financée entre autres par le Fund for an Open Society Serbia, le NSHC apporte une aide sur le terrain, mais aussi juridique, et produit des rapports, travaille au développement de la « société civile » et promeut une société « ouverte » (au sens sorosien).

Et enfin 22) Solidarity Now, l’ “Open Society” grecque, créée opportunément en 2013 par l’équipe de George Soros.

(1) https://www.opensocietyfoundations.org/voices/how-private-sponsorship-programs-could-help-resettle-refugees

(2) http://www.boursier.com/actualites/economie/brexit-george-soros-a-t-il-encore-touche-le-jackpot-32045.html

(3) http://web.archive.org/web/20160106102354/https://www.opensocietyfoundations.org/sites/default/files/Expenditures%202014.FINAL_.7.2.15_0.pdf

(4) http://www.epim.info/about-us/

(5) http://www.legis.mk/legal-advice-and-support/

(6) http://www.gcr.gr/index.php/en/action/gcr-missions/island-activity-reports?start=5