Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Publications - Lettre Prometheus - Publications - Lettre Prometheus - Octobre 2012

Depuis quelques années, une tendance lourde semble se confirmer : la recherche de synergies entre cabinets d’avocats et sociétés d’intelligence économique, comme en témoigne le récent rachat de la société FBI Louis Freeh par le cabinet américain Pepper Hamilton.

Evolution plus que révolution, cette tendance illustre la transversalité du champ de l’intelligence économique (IE). Dans sa définition anglo-saxonne, le terme « intelligence » signifie aussi bien « information » que « renseignement ». Or dans des métiers aussi stratégiques que ceux de l’audit ou du Barreau, la maîtrise de l’information est primordiale, d’autant que les cabinets d’avocats sont parfois amenés à exercer des missions de conseil aux entreprises en matière de sécurité juridique et éthique, de protection du secret des affaires, d’analyse des distorsions de concurrence sur les marchés internationaux et d’éclairage du fonctionnement des organisations internationales, techniques ou politiques. Une commission ouverte à l’intelligence économique a, d’ailleurs, été créée au Barreau de Paris. C’est donc presque « naturellement » que s’effectue ce rapprochement.

Les modalités de ce type d’interactions sont variées au regard de leur finalité, de la simple création d’une branche « enquête », à la spécialisation du cabinet sur ce secteur. A ce titre, Arnold & Porter est, depuis longtemps, le cabinet américain spécialisé dans les affaires sensibles, les enjeux de sécurité nationale et de renseignement, ceux de la confidentialité gouvernementale (consolidation d’industries stratégiques, cybersécurité, contrôle des exportations d’armes, contrats gouvernementaux). Il travaille en étroite collaboration avec le fond américain In-Q-Tel (détenu par la CIA), qu’il a conçu. La démarche de la création de ce fonds s’appuie sur une observation simple : les besoins en technologies de l’information de la CIA et des grandes entreprises du Fortune 500 sont, pour l’essentiel, communs. In-Q-Tel joue donc le rôle d’un service de veille technologique et commerciale, mais également celui « d’incubateur d’outils » pour l’agence de renseignement américaine. Cette stratégie globale, que j’avais décrite dans Patriotisme économique, de la guerre à la paix économique , procède plus du jeu de Go asiatique que de la partie d’échecs européenne. Elle se fonde en effet sur une logique de réseau, d’encerclement par les nœuds de communication, et d’occupation du terrain, et répond à un impératif de défense d’intérêts convergents.

Bernard Carayon