Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Publications - Lettre Prometheus - Avril 2016

CharbonLe 1er avril, le journal Le Monde publiait un article sur la « crise de surcapacité dans l’industrie charbonnière ».[1] On y apprenait que l’ère du charbon serait bientôt révolue, d’après une étude de trois ONG « de protection de l’environnement » : le Sierra Club, Greenpeace, et CoalSwarm. La consommation mondiale de charbon diminuerait en dépit d’une construction croissante du nombre de centrales, ce qui entraînerait, selon CoalSwarm, « un taux d’utilisation de ces usines inférieur à 50%, et qui continue de diminuer ». En source complémentaire que donne Le Monde, un rapport de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) souligne que la consommation mondiale de charbon a baissé pour la première fois en 2014 et devrait continuer. D’autres « informations » émaillent l’article : le charbon serait plus coûteux que les énergies renouvelables, risqué économiquement, mauvais pour la santé et le climat, et ne résoudrait pas la pauvreté énergétique, selon le Sierra Club. De plus, le charbon entraînerait huit cent mille morts prématurées par an et « cent trente mille morts supplémentaires chaque année si les projets de centrale se réalisent », selon CoalSwarm. Enfin, il ne refléterait pas les besoins des pays et serait contraire aux accords de la COP21, contrairement aux énergies propres et renouvelables comme les éoliennes. On l’aura compris, le charbon est l’ennemi à abattre.

La situation est évidemment plus complexe que l’article du Monde le laisse supposer. Le charbon, banni ? Le même journal rapportait pourtant en décembre dernier les propos tenus par le Nigérian Akinwumi Adesina, nouveau directeur de la Banque africaine de développement, au cours de la COP21. Il fixa pour priorité de la Banque l’électrification du continent, déclarant que « l’Afrique doit utiliser toutes les énergies, y compris le charbon […] Il n’est pas acceptable d’avoir des ressources et de ne pas les utiliser pour la population. L’accès à l’électricité est un droit […] On ne peut pas oublier que les énergies les moins chères sont le gaz, l’hydroélectricité et le charbon […] Il n’y a aucun signe dans le monde qui me dise que le charbon, c’est fini. L’Union européenne, les Etats-Unis, l’Inde, la Chine ouvrent des centrales à charbon. Soyons justes. Il n’est pas possible que certains puissent le faire et pas l’Afrique. L’Afrique doit se développer avec ce qu’elle a ».[2]

On peut également s’interroger sur les conséquences, en termes de santé, de ces fameuses énergies renouvelables et propres dont on nous vante tant les mérites. En 2014, l’office parlementaire français d’évaluation des choix scientifiques et technologiques s’était ainsi interrogé sur les enjeux stratégiques des terres rares. L’étude y citait Guillaume Pitron, journaliste notamment spécialisé sur les terres rares : « on n’est pas absolument certain du lien entre le taux de cancer et l’exploitation des terres rares ; mais on peut se poser des questions. C’est le cas à Dalahai, dans un des 400 villages du cancer. C’est aussi le cas en Malaisie où sont amoncelés des copeaux de minerais autour de l’ancienne mine de Bukit Merah, où il y a plus de leucémies qu’ailleurs. Les corrélations ne sont pas totalement établies. Mais elles sont probables, même s’il est difficile de les évaluer. On fait certes du propre avec les terres rares quand elles servent à fabriquer des éoliennes. Mais « pour faire du propre il faut faire du sale. »[3] Ce sont ces mêmes terres rares qui sont entre autres utilisées pour les éoliennes promues par Greenpeace, étrangement silencieuse sur le sujet. Le Monde aurait également pu faire état des bienfaits de l’extraction du lithium en Amérique du Sud : destruction de la faune et de la flore, dépôts cancérigènes, assèchement, déplacements de population suite à la destruction de l’agriculture…

Des ONG « indépendantes » ?

Qui sont, par ailleurs, ces organisations qui s’en prennent au charbon ? Greenpeace, régulièrement épinglée par Knowckers[4], est une ONG qui a déjà été prise la main dans le sac pour avoir falsifié des informations, par exemple contre Asia Pulp & Paper, ou fait preuve d’un activisme à deux vitesses selon qu’on s’appelle Shell ou British Petroleum. On ne reviendra pas sur le Sierra Club, au passé eugéniste sulfureux et déjà largement traité dans notre dossier consacré aux Amis de la Terre.[5]

CoalSwarm est un projet de l’Earth Island Institute (qui est l’un de ses deux partenaires), « un incubateur pour des projets innovants dans l’écologie et la justice sociale ». Cet institut fut créé par David Brower, eugéniste fondateur des Amis de la Terre, et ancien directeur exécutif et membre du conseil d’administration du Sierra Club. Parmi les huit financeurs, quelques noms attirent l’attention :

  • Energy Foundation : on reproduira ici quelques éléments déjà donnés dans notre dossier sur Les Amis de la Terre : « Les objectifs des divers programmes de la Fondation Energy sont explicites :
  • Bâtiment : promouvoir des bâtiments et des dispositifs efficaces énergétiquement (on peut ici penser aux bâtiments à énergie positive).
  • Energie : faire croître les marchés pour l’efficacité énergétique et les sources d’énergies renouvelables.
  • Transport : améliorer l’efficacité des véhicules et promouvoir des carburants plus propres.
  • Climat : soutenir une taxe carbone pour conduire des investissements dans la technologie des énergies propres.
  • Action publique : construire le soutien pour les énergies propres et des politiques climatiques.
  • Energy Foundation China : assister la transition de la Chine vers les énergies propres.

La Fondation Energy finance de très nombreux projets. Le filtre de leur page de dons annonce que seuls les Etats-Unis et la Chine en bénéficient. En parcourant les projets, il ressort que l’objet est à chaque fois la promotion des énergies renouvelables et / ou « propres ». Il est par contre plus cocasse de relever que trois des plus grosses donations de la Fondation Energy ont bénéficié à la Sierra Club Foundation, et ce, sur une période d’à peine plus d’un an : trois millions de dollars le 3 octobre 2013, deux millions le 25 novembre 2014, et 1,75 millions le 24 juillet de la même année. L’European Climate Foundation figure également parmi les plus gros bénéficiaires : 1,38 millions de dollars le 27 août 2013, un million le 24 juillet 2014, 975 000 dollars le 14 mars 2013. »

  • European Climate Foundation : acteur central de notre dossier sur Les Amis de la Terre, elle finança ces derniers, en 2015 (70 000 euros), afin de s’opposer aux subventions publiques de l’Etat français pour le charbon. Elle est financée par douze « partenaires », dont la plupart (notamment l’Energy Foundation) ont des intérêts financiers dans les énergies propres et renouvelables.
  • Rockefeller Family Fund : les fondations et fonds des Rockefeller sont multiples. On soulignera que le programme « développement durable » du Rockefeller Brothers Fund investit dans l’économie dite verte, les énergies propres, et contre la dépendance aux énergies fossiles. Le RBF s’est d’ailleurs désinvesti de ces dernières en 2014. Quant à la finance climatique, 40% de son budget « donations » annuel est consacré « aux diverses entreprises de lutte contre le réchauffement climatique ». C’est en 2014 également que le développement durable devient le plus gros investissement du RBF, avec soixante-quatorze millions de dollars, une augmentation de quatorze millions (+23%) par rapport à l’année précédente.[6] Le programme « développement durable » consacre 43% de son budget aux énergies propres, 38% au lobbying sur le changement climatique, et 17% sur la réduction des énergies émettrices de CO2.
  • La Sierra Club Foundation, dont le nom se suffit à lui-même.
  • Natural Resources Defense Council, qui compte au rang de ses anciens financeurs : Foundation to Promote Open Society (Soros), John D. & Catherine T. MacArthur Foundation, Marisla Foundation, Open Society Foundations (Soros), Rockefeller Family Fund, Rockefeller Foundation.[7]

Les autres sont le Carlin Family Fund, le Wallace Global Fund, la Mertz Gilmore Foundation.

Outre l’Earth Island Institute, CoalSwarm a pour soutien le Center for Media and Democracy (PR Watch), dont la Rockefeller Family Foundation et la Marisla Foundation font partie des financeurs actuels. Parmi les anciens se trouvent des noms connus : Ford Foundation, Open Society Institute, Rockefeller Associates, Tides Foundation, Wallace Global Fund…[8]

Enfin, l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) est une autre source qu’utilise Le Monde. Cet organisme « mène des recherches et des analyses sur les questions financières et économiques liées à l’énergie et à l’environnement ». On se reportera une fois de plus à leurs financeurs pour prendre la mesure de leur indépendance, en particulier : Rockefeller Family Fund, Energy Foundation, Mertz-Gilmore Foundation, William and Flora Hewlett Foundation, Rockefeller Brothers Fund, et Wallace Global Fund.[9]

***

Les bons sentiments ne seraient-ils pas instrumentalisés une fois de plus par des ONG qui n’ont d’écologistes que le nom ? Derrière les « rapports » se joue une guerre économique. A la différence d’Etats-Unis offensifs dans le champ informationnel, l’Europe cède toujours plus de terrain…

Notes :

[1] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/04/01/crise-de-surcapacite-dans-l-industrie-du-charbon_4894289_3244.html

[2] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/03/cop21-l-afrique-doit-utiliser-toutes-les-energies-y-compris-le-charbon_4823425_3212.html

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/opecst/faisabilite_terres_rares.pdf

[4] http://www.knowckers.org/tag/greenpeace/

[5] http://www.fondation-prometheus.org/wsite/publications/a-la-une/dossier-les-amis-de-la-terre-des-mercenaires/

[6] http://www.rbf.org/about/2014-annual-review

[7] http://www.muckety.com/Natural-Resources-Defense-Council/5011169.muckety

[8] http://www.prwatch.org/finances.html

[9] http://ieefa.org/about/