Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

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Visions croisées : L’IE est-elle un concept politique ?

Entretien avec Bernard Carayon et Jean-Jacques Urvoas

 

Y a-t-il une IE de gauche et une IE de droite ? Si oui, leurs caractéristiques. Si non, pourquoi?

Bernard Carayon : ll n’y a pas de politique publique de droite ou de gauche, mais les observateurs reconnaîtront que la gauche n’a porté ni expertise ni propositions, jusqu’à présent, dans ce domaine. Lorsque le Premier ministre, me confie, en 2003, une mission sur l’intelligence économique1, j’auditionne en quatre mois plus de 400 personnes issues du monde politique, de la haute fonction publique, de l’entreprise, de centres de recherche, de l’université et des services de renseignement. Le rapport ne fait l’objet d’aucune critique politique ou technique. Alors que l’intelligence économique n’avait été décrite, en particulier dans le rapport Martre (1994), que comme une méthode d’entreprise, associant la veille et les méthodes d’influence, destinée aux seules entreprises, mon rapport définit les contours et le contenu d’une politique publique, nouvelle, comme l’ont été en leur temps les politiques du logement ou de protection de l’environnement. Elle repose sur des postulats aujourd’hui couramment acceptés :
– la mondialisation n’est pas une idéologie, porteuse de bonheur et de prospérité ou malheureuse et génératrice d’inégalités : elle s’incarne dans des faits, sources d’opportunités à saisir ou de risques dont il faut se prémunir ;
– les relations économiques internationales ne reflètent pas, systématiquement un marché pur, parfait et transparent, mais souvent des rapports de force, portes par les stratégies des États nations et s’exprimant à travers des distorsions de concurrence, savamment organisées : il y a bien une « guerre économique », des guerres monétaires et commerciales ;
– tous les marchés ne se ressemblent pas : dans certains d’entre eux, les critères classiques de l’économie libérale, le prix et la qualité des produits et des services, s’imposent ; dans les marchés « stratégiques » (Défense, énergie, TIC, santé, aéronautique et spatial), c’est la mam de l’État qui s’impose, partout
– les retards européens et français se mesurent facilement à l’aune des outils technologiques, juridiques, institutionnels et financiers mis en place par nos principaux compétiteurs.
– les entreprises ont bien une nationalité : non pas celle que définissent les avocats à l’aide de critères juridiques, mais celle des gouvernements selon le seul critère -politique- qui vaille : le président de la République, dans ses voyages internationaux, se fait le chartre d’Airbus et non de Boeing, d’Alstom et non de Siemens. Et dans l’Opa de Mittal sur Arcelor, tandis que tous les observateurs s’efforcent de rechercher des traces d’européanité chez Mittal, le Premier ministre indien, recevant le président Chirac, l’invite à rester « fair », signant ainsi la nationalité de Mittal…
Aussi, une politique d’intelligence économique s’appuie-t-elle sur quatre missions : une politique d’identification et de protection de nos intérêts industriels et scientifiques stratégiques (là où précisément la France et l’Europe, jouent non seulement leur compétitivité mais leur destin, leur indépendance) ; l’accompagnement de nos entreprises dans la conquête des marchés internationaux ; l’influence auprès des organisations internationales où s’élaborent règles juridiques et normes professionnelles ; la formation enfin, technique ou générale, initiale ou continue, de nos étudiants, de nos chercheurs, des cadres des entreprises comme des administrations publiques. Ces missions sont assurées aujourd’hui par une délégation interministérielle ; leur pertinence a été soulignée dans une récente instruction interministérielle du Premier ministre […].


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