Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Publications - A la une - Publications - Lettre Prometheus - Octobre 2015

 

… au service de puissances étrangères ?

I) Entre eugénisme et malthusianisme

Les Amis de la Terre (Friends of the Earth) est une organisation écologiste fondée en 1969 par David Brower, à la suite de son exclusion du Sierra Club, qu’il avait rejoint en 1933. Brower y fut directeur exécutif de 1952 à 1969, puis membre de son conseil d’administration à trois reprises : de 1941 à 1953, de 1983 à 1988, et de 1995 à 2000, année de sa mort.[1] Brower fonda plusieurs autres organisations environnementales : la Sierra Club Foundation, décuplant le nombre d’adhérents sous son mandat (de 7 000 à 70 000 personnes, Brower annonçant avoir un passage de 4 000 à plus d’un million en quatorze ans[2]), le John Muir Institute for Environmental Studies, en mémoire de John Muir, le fondateur du Sierra Club, la League of Conservation Voters, l’Earth Island Institute[3], le North Cascades Conservations Council, et les Fate of the Earth Conferences.[4]

En 1969, Brower reçut une aide de 200 000 dollars pour Les Amis de la Terre, provenant de Robert O. Anderson, fondateur et président de l’ARCO (Atlantic Richfield Oil Company, propriété de British Petroleum depuis 2000) pendant vingt ans[5], et membre du bureau directeur du National Petroleum Council en 1951.[6] Anderson, de plus, était membre à vie de l’Aspen Institute[7], tout comme Henry Kissinger. Cet Institut, particulièrement influent, est étroitement lié au gouvernement américain.[8] Aurelio Peccei, premier président du Club de Rome (auteur du rapport néo-malthusien Halte à la croissance ?, dit « rapport Meadows ») de 1969 à 1984, occupa un poste de direction chez les Amis de la Terre.[9] Une personnalité qui ne fait nullement tache, à lire Brower : « J’ai fondé les Amis de la Terre pour que le Sierra Club paraisse raisonnable. Puis, j’ai fondé l’Earth Island Institute pour que les Amis de la Terre semblent raisonnables. Maintenant, c’est le groupe Earthfirst ! qui nous donne un air raisonnable. Désormais, nous attendons ce qui pourrait venir faire paraître Earthfirst ! raisonnable. »[10] D’autres propos de Brower sont encore plus explicites : « La maternité [devrait être] un crime contre la société punissable, à moins que les parents disposent d’une autorisation gouvernementale… Tous les parents potentiels [devraient] être obligés d’utiliser des contraceptifs chimiques, le gouvernement donnant des antidotes aux citoyens choisis pour la maternité. » Brower déclare également que « les enfants des autres » génèrent de la pollution et sont donc une préoccupation environnementale…[11] Un eugénisme que n’auraient pas renié certains régimes… A la fin de sa vie, dans une entrevue du 5 août 2000[12], Brower, questionné sur les organisations à la pointe du combat environnemental, cita Earth First !, le Sierra Club, la California Wilderness Coalition, Les Amis de la Terre, l’Earth Island Institute, et Conservation International. Comme nous le précisons dans un autre article, Dave Foreman, cofondateur d’Earth First !, membre du comité exécutif du Sierra Club de 1995 à 1996[13], et directeur de 1995 à 1997[14], préconisait de laisser les pauvres mourir de faim dans leur pays…[15]

Les Amis de la Terre France, fondés le 11 juillet 1970[16] par Alain Hervé[17], s’inscrivent dans la filiation directe de ces prises de position pour le moins « surprenantes ». Avec Fayard, ils prennent l’initiative[18] de traduire La bombe P (P pour population) du néomalthusien Paul Ehrlich, initialement édité par le Sierra Club.[19] L’historique de présentation disponible sur leur site se veut mesuré : « Les Amis de la Terre énoncent clairement la limitation des ressources, critiquent le modèle de croissance et de développement consumériste, dénoncent ses méfaits sur la santé et la nature. Dès 1971, ils soulèvent le problème de l’explosion démographique (publication de Demographic Bomb, de Paul Ehrlich), en mettant en valeur la question de la relativité écologique qui fait que même si les habitants des pays développés sont inférieurs en nombre, ils pèsent beaucoup plus lourd dans la balance… Ils prennent position sur le tiers-monde et l’immigration. »[20] La vérité est toute autre. David Brower, préfacier de ce livre, expose que le problème réside dans l’absence de contrôle (démographique) de la population mondiale, et que le Sierra Club devra agir pour y réagir de manière efficace. Cette organisation écrivit d’ailleurs, rappelle-t-il : « Les gens admettent que nous ne pouvons pas perpétuellement continuer  à nous multiplier et à assujettir la Terre sans perdre notre qualité de vie et la beauté de la nature qui en fait partie…. Ces années sont décisives – la décision des hommes d’intervenir dans l’inondation humaine. »[21] Ehrlich lui-même écrit, dans son livre, « Nous devons contrôler notre population, de préférence par un système d’incitations et de pénalités, mais par la coercition si les méthodes reposant sur le volontariat échouent. Nous devons utiliser notre puissance politique pour pousser les autres pays dans des programmes qui combinent le développement agricole et le contrôle démographique. »[22] Plus encore, Ehrlich préconise de mettre des stérilisants temporaires dans les réserves d’eau ou la nourriture, et de « stériliser tous les Indiens mâles ayant trois enfants ou plus », grâce à l’aide gouvernementale et le soutien d’hélicoptères et «d’instrument de chirurgie ».[23] Un héritage macabre que semblent donc parfaitement assumer Cynthia Sou, actuelle directrice générale de la branche française de l’ONG, et son équipe.

En 1974, Brice Lalonde et Alain Hervé, qui dirigèrent tous deux les Amis de la Terre France (Dominique Voynet en est, par exemple, toujours membre[24]), s’engagèrent dans la campagne présidentielle de René Dumont. Lalonde fut son directeur de campagne. Durant son discours de campagne, Dumont déclara que le principal danger menaçant notre avenir était « la surpopulation, tant dans le monde qu’en France. […] Il y a déjà trop d’hommes à la surface du monde, il y a déjà trop d’hommes surtout dans le tiers-monde. »[25]

Le financement de Friends of the Earth Europe est public et privé.[26] Pour l’année 2014, l’ONG a reçu près de 44 000 euros de la James M. Goldsmith Foundation. Cela n’est pas anodin, puisque Edward « Teddy » Goldsmith était un ami de David Brower.[27] Edward, partisan des Khmers rouges de Pol Pot[28], fonda[29] la revue The Ecologist, elle-même élogieuse envers Brower.[30] Edward Goldsmith écrivit en 1972 un livre alarmiste, Blueprint for Survival[31] (Feuille de route pour la survie), signé par l’eugéniste Julian Huxley, premier président de l’UNESCO et fondateur du WWF[32], qui appelait entre autres choses à un contrôle des naissances.[33] Parmi les autres financeurs de la section européenne, on trouve l’Open Society Institute de George Soros (via Alter EU, est-il précisé), dont nous parlons plus amplement dans notre article de juillet sur Global Witness et au sein du présent numéro, dans notre dossier sur les ONG expulsées de Russie, la David and Lucile Packard Foundation[34] (elle-même anciennement financée par la Carnegie, la ClimateWorks Foundation et partenaire actuelle de la Fondation Energy), la Tides Foundation[35] (anciennement financée par l’Open Society Institute de Soros et la Fondation Rockefeller) conjointement avec le New Venture Fund[36] (anciennement financée par la John & Catherine MacArthur Foundation, proche des services de renseignement américains, cf. notre article sur les ONG expulsées de Russie), ou encore la Wallace Global Fundation[37] (anciennement financée par la RAND Corporation, puissant think tank proche de l’Exécutif américain, cf. article ONG-Russie), et Smart Energy Europe.

Les Amis de la Terre France ont eux aussi bénéficié de subventions publiques et privées. Retenons ici : le ministère de l’Ecologie et du développement durable : 95 000 euros dont 25 000 euros pour le programme « Produits de la vie » ; 70 000 euros pour l’élargissement et le renforcement du réseau ; UE Financiarisation (via Friends of the Earth International) : près de 60 000 euros « pour financer une transition énergétique qui bénéficie à tous » ; Rausing (via FERN – Forests and European Union Resources Network, dont le plus gros financeur fut en 2014 le DfID britannique, i. e. le Département du développement international du gouvernement britannique[38]) : 12 000 euros « sur la responsabilité des acteurs financiers » ; le New Venture Fund (cf. supra) : 4 000 euros « pour laisser les énergies fossiles dans le sol ». Mais le financement le plus intéressant reste à venir, ce que la suite de notre article tâche de décrypter.

II) Les Amis de la Terre, des mercenaires au service de puissances étrangères ?

Les Amis de la Terre sont-ils toujours, aujourd’hui, au service des intérêts anglo-américains ? Bien entendu, l’ONG ne se présente pas comme telle. Cynthia Sou note, sur son profil LinkedIn, que sa mission comprend la « mise en œuvre de la stratégie d’indépendance financière de la fédération ».[39] Pourtant, dans ses financements privés, les Amis de la Terre annoncent avoir reçu 70 000 € « pour la fin des subventions publics [sic] au charbon »[40] de la part de la Fondation ECF, i. e. l’European Climate Foundation. Elle finança également le programme Stranded Assets (les actifs bloqués) d’Oxford[41], lieu de naissance d’Oxfam, cette dernière restant opaque sur ses financements privés.[42] Or, le 19 mai 2015, Les Amis de la Terre et Oxfam publièrent un rapport intitulé « Emissions d’Etat : comment les centrales à charbon d’EDF et ENGIE réchauffent la planète »[43], et dont « les chiffres concernant les centrales à charbon d’EDF et ENGIE sont issus de recherches menées par l’Université d’Oxford – Stranded Assets Programme. »[44]

A)     European Climate Foundation

Qu’est-ce que l’European Climate Foundation ? Cette dernière fut créée en 2008 comme une « initiative philanthropique de premier plan pour promouvoir des politiques climatiques et énergétiques qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre en Europe ».[45] Arrêtons-nous sur leurs partenaires financeurs[46] : Children’s Investment Fund Foundation, Climate Works Foundation, McCall MacBain Foundation, Nationale Postcode Loterij, Oak Foundation, Velux Fonden, Sitra, Stiftung Mercator, William and Flora Hewlett Foundation, ainsi que la Fondation Energy. Examinons maintenant la composition du Supervisory Board de l’European Climate Foundation :

  • Caio Koch-Weser[47] (chairman). Ancien membre de la Fondation Bertelsmann, puissant think tank proche des intérêts américains et qui fait partie des « sources » de l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Il fut également membre pendant vingt-cinq ans de la Banque Mondiale, notamment comme directeur général des opérations, membre du bureau du Peterson Institute (fondé par C. Fred Bergsten, membre de Transparency International), qui suggéra que la France abandonne son système présidentiel… Coch-Weser est aussi membre de l’European Council on Foreign Relations (ECFR), inspiré par le CFR américain, et du Centre for European Reform.
  • John McCall MacBain (président fondateur et vice-président), président de la fondation McCall MacBain et de Pamoja Capital, un fonds d’investissement privé qui finance entre autres des projets industriels durables. Il siège au conseil consultatif du Yale Center for Environmental Law and Policy ; l’Université de Yale, aux Etats-Unis, connue pour héberger les Skull and Bones, a diplômé George H. Bush, Hillary Clinton, John Kerry ou encore Gerald Ford. Mais le plus intéressant dans son parcours est sa proximité avec les activités liées à Rhodes : fondateur du deuxième centenaire du Rhodes Trust, président de 110ème anniversaire de Rhodes, administrateur du Rhodes Trust, et boursier Rhodes (Rhodes Scholar). Les bourses d’études Cecil Rhodes furent créées en 1904 pour permettre à certains étudiants sélectionnés d’étudier gratuitement à l’université d’Oxford, en Angleterre, pendant un à trois ans. Ces bourses sont attribuées à quelques personnes triées sur le volet, comme Bill Clinton, Wesley Clark (ancien commandant des forces de l’OTAN), ou encore James Woolsey (ancien patron de la CIA). Comme le révéla Carroll Quigley, ancien mentor de Bill Clinton, les bourses Rhodes étaient attribuées par le très discret groupe de Milner, conglomérat britannique à l’origine du Commonwealth, afin de coopter des personnes aux idées correspondant aux intérêts anglo-américains et pouvant les diffuser en occupant des postes d’influence.[48] Enfin, McCall MacBain est diplômé d’Oxford et de l’Harvard Business School.
  • Susan Bell[49] (vice-présidente), haut conseiller au Woods Institute for the Environment de l’Université Stanford, l’une des plus prestigieuses universités américaines (on y trouve par exemple le Persuasive Technology Lab[50] de BJ Fogg[51], fondateur de la Captology – Computers As Persuasive Technology –, qui analyse comment l’informatique peut être utilisée pour déclencher et modifier les comportements voulus.[52] Bell fut vice-présidente de la William and Flora Hewlett Foundation pendant quatorze ans, où elle travailla comme responsable sur le climat et l’énergie, aidant à lancer le réseau ClimateWorks, destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle fut également dévolue à la planification stratégique, au développement, et à la communication pour l’Université Stanford et le Sierra Club.
  • Kathleen Cravero-Kristofferson[53], présidente de la Oak Foundation, que l’on retrouve également en soutien de The Pew Charitable Trusts dans la volonté de privatisation des océans au bénéfice des trusts caritatifs américains. Son parcours est institutionnel : ONUSIDA, UNICEF, PNUE, OMS.
  • Kate Hampton, directrice exécutive au changement climatique à la Children Investment Fund Foundation. Avant cela, elle fut responsable de la politique de Climate Change Capital[54], gestionnaire d’actifs « conduite par les récompenses financières associées à une croissance bas carbone et soutenable »[55], qui officie également en tant que think tank. Les membres de ce dernier, selon le site officiel, a travaillé avec l’Université d’Oxford, le Yale Center for Environmental Law & Policy, le Grantham Institute for Climate Change à l’Imperial College London, ainsi que sur… le Stranded Assets Programme, producteur des chiffres du rapport contre EDF.[56] Hampton fut en outre directrice de la campagne Climate Change pour Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) International et animatrice du Green Globe Network, un groupe de conseil auprès du Foreign Office britannique. Enfin, elle est diplômée de la très renommée[57] London School of Economics, usine à spin-doctors, de Harvard et fut une Fulbright Scholar, un programme du département d’Etat américain.[58]
  • Charlotte Pera[59], PDG de la ClimateWorks Foundation et ancienne première vice-présidente et directrice des programmes pour les Etats-Unis à la Fondation Energy. Avant cela, elle dirigea le programme Transport pour les Etats-Unis de cette Fondation. Elle aida à lancer le même programme en Chine et servit comme conseiller spécial durant le lancement de l’European Climate Foundation. Outre cette dernière, elle siège au bureau de l’International Council for Clean Transportation (Conseil international pour des transports propres). Charlotte Pera est elle aussi diplômée de l’Université Stanford.
  • Mary Robinson[60], ancienne Présidente de l’Irlande, présidente honoraire d’Oxfam de 2002 à 2012. Elle est aussi présidente de la Mary Robinson Foundation – Climate Justice[61], qui a, parmi ses partenaires, le Rockefeller Brothers Fund et la Fondation Rockefeller, qui ont récemment décidé de cesser leurs activités dans les énergies fossiles.[62] La Fondation a un Conseil consultatif international, où l’on trouve notamment :

–   Richard C. Blum[63], président de Richard C. Blum & Associates, Inc., associé général de Blum Capital Partners, L. P., gestionnaire d’investissement. Il est membre du bureau du WWF et de la Wilderness Society, dont le travail équivaut à ce que fait Pew pour les océans : la privatisation de grandes réserves naturelles territoriales par des trusts. Il est également administrateur et membre du comité exécutif du Carter Center (la Fondation Carter), fondé par l’ancien président Jimmy Carter, et dont la proximité avec le gouvernement américain put s’observer lorsque le Carter Center participa à la surveillance du référendum d’Hugo Chavez au Vénézuela, le 15 août 2004.

–  Richard Branson[64], PDG de Virgin, qui investit dans les énergies renouvelables et la transition énergétique. En 2007, il lança le Virgin Earth Challenge, un prix de 25 millions de dollars pour encourager une technologie viable qui entraînerait la disparition des gaz à effet de serre d’origine humaine. Virgin figure parmi les partenaires de la Mary Robinson Foundation – Climate Justice.

–  Ray Chamber[65], ancien envoyé spécial de l’ONU pour la malaria, est le président fondateur, avec Colin Powell, ancien chef d’Etat-Major des armées et ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Il est membre du President’s Council on Service and Civic Participation[66], fondé par George W. Bush. Il fut président de Wesray Capital Corporation[67], qu’il cofonda avec William E. Simon.[68] Ce dernier fut secrétaire au Trésor pour le gouvernement américain, créa le William E. Simon Center à l’académie militaire américain de Westpoint, le William E. Simon Center for Strategic Studies et une chaire à son nom à l’Air Force Academy, fut président de la John M. Olin Foundation, administrateur de la John Templeton Foundation, et membre du bureau de think tanks américains de premier plan comme les Fondations Heritage et Hoover. Il semble ainsi plutôt évident que Ray Chamber travaille pour les intérêts américains.

–  L’éternel Al Gore[69], alarmiste condamné pour les fables colportées dans le film Une vérité qui dérange, fondateur de The Generation Foundation et de Generation Investment Management, fonds d’investissement destiné à faire du business vert. Il fonda Generation Investment Management avec David Blood, ancien haut responsable de la banque Goldman Sachs.

–  Vartan Gregorian[70], président de la Carnegie, think tank influent dont nous avons déjà parlé dans notre article sur les ONG expulsées de Russie. Il est également fellow (membre du corps enseignant d’un collège universitaire) du Foreign Area Training de la Fondation Ford.

–  Judith Rodin[71], présidente de la Fondation Rockefeller depuis 2005, et ancienne doyenne de l’Université de Yale, où elle présida le département de psychologie et fut récompensée par l’American Psychological Association (dont certains membres, d’après un rapport de l’association elle-même, ont été impliqués dans l’aide aux techniques de torture de la CIA[72]). Elle est membre du bureau de la Brookings Institution, considérée comme le plus influent think tank au monde, de la Clinton Global Initiative et est directrice chez Citigroup, dans le groupe de médias américains Comcast et chez AMR Corporation, l’un des plus grands groupes de transport aérien des Etats-Unis.

  • Tom Steinbach[73], directeur du programme Environment de la William and Flora Hewlett Foundation, qui travaille à promouvoir les énergies « propres ». Il est aussi membre du bureau de la Stanford University Habitat Conservation.
  • Laurence Tubiana[74], fondatrice de l’Institut pour le développement durable et les relations internationales (IDDRI), professeur et directrice du Centre sur le développement durable à Sciences Po. Laurence Tubiana a été nommée représentante spéciale pour la COP21 et ambassadrice sur le changement climatique. Depuis 2012, elle est co-directrice du conseil de direction du Sustainable Development Solutions Network (SDSN) et co-dirige son groupe de travail sur la décarbonation.
  • Johannes Meier[75] est le PDG de l’European Climate Foundation. Avant cela, il fut associé chez McKinsey & Company, membre du bureau exécutif de la Fondation Bertelsmannn, et PDG de GE (General Electric) CompuNet Computer AG.

Il ressort très clairement que le Supervisory Board est composé de membres des organisations qui financent l’European Climate Foundation. Penchons-nous maintenant un peu plus sur celles-ci.

B)      Children’s Investment Fund Foundation

ONG britannique, son programme Climate Change vise à assurer la transition énergétique vers une économie à bas carbone.[76] Entre 2013 et 2014, c’est le programme de la Fondation qui connut la plus grande part de croissance d’investissement par cette dernière, passant de 13,3 à 35,5 millions de dollars.[77] Parmi les 611,4 millions de dollars de dons que la Fondation a accordé au cours des années, le programme Climate Change arrive en deuxième position, avec 154 millions, dont plus de la moitié (88,2) destinés à l’énergie. L’European Climate Foundation arrive en tête des sommes perçues, avec  25,6 millions de dollars, la deuxième position étant occupée par le « Boosting renewable energy as part of China’s energy system revolution ».[78] Les dons pour l’European Climate Foundation visent à « amener l’Europe vers la réduction de 80 à 95% de ses émissions à l’horizon 2050 » et « de trois milliards de tonnes de CO2 d’ici 2030 », ce qui équivaut à la fermeture annuelle de 788 usines à charbon.[79] Comme à l’accoutumée, l’étude des membres de son bureau d’administration est instructive :

  • (le baron[80], anobli en 2007) Mark Malloch Brown[81], président de la Fondation, est ancien ministre d’Etat au sein du Foreign Office (responsable pour l’Afrique et l’Asie), et membre du Cabinet (du Gouvernement). Il fut vice-président de la Banque mondiale et du Forum économique mondial, et a dirigé la Royal African Society, « la première organisation africaine de Grande-Bretagne », qui a pour but, entre autres, « de renforcer la compréhension et les relations fortes en la Grande-Bretagne, l’Afrique et le monde. »[82] Malloch Brown est membre du Conseil consultatif de l’influent International Crisis Group et de l’Open Society Foundation de George Soros, trio dont nous avons déjà parlé dans notre article sur les ONG expulsées de Russie.
  • Jamie Cooper[83] est membre du Conseil consultatif philanthropique de Coutts UK, une banque détenue par The Royal Bank of Scotland Group, elle-même possédée à 79% par UK Financial Investments, filiale d’investissement du gouvernement britannique.[84] Elle travailla également pour la chaîne de télévision américaine CBS News, propriété de Sumner Redstone.
  • Graeme Sweeney[85] occupe de nombreuses positions dans le secteur de l’énergie : président du Conseil consultatif de l’European Technology Platform of Zero Emission Fossil Fuel Power Plants, idem pour le Scottish Carbon Capture & Storage (CCS), de même pour l’Energy Research Centre du Royaume-Uni, co-directeur du forum consultatif du CCS Project network de l’Union européenne, etc. Il est également membre d’initiatives gouvernementales britannique et écossaise, et travailla trente-cinq ans, à de hauts postes de responsabilité, notamment sur les énergies renouvelables et le changement climatique, pour la compagnie pétrolière Royal Dutch Shell.[86]

C)      ClimateWorks Foundation

Cette Fondation est du même type : lutte pour une énergie à bas carbone, contre le réchauffement climatique, soutien aux investissements dans les énergies renouvelables, etc.[87] Le noyau dur des financeurs[88] de Climate Works se compose des Fondations William and Flora Hewlett, KR (créée par la Villum Fonden, cf. infra), John et Catherine MacArthur, Oak, et David et Lucile Packard. Elle reçoit également divers soutiens financiers selon ses programmes, des Fondations Margaret A. Cargill, Children’s Investment Fund, Ford, Gordon et Betty Moore, et de la Fondation Grantham pour la protection de l’environnement. Elle a plusieurs partenaires régionaux, parmi lesquels se retrouvent à chaque fois plusieurs des mêmes organisations, selon les programmes : Climate and Land use Alliance, Energy Foundation China, Energy Foundation, European Climate Foundation, Latin America Regional Climate Initiative.[89] L’indépendance des Fondations finançant les petites mains que sont Les Amis de la Terre apparaît bien comme un leurre. Le lecteur constatera qu’outre Charlotte Pera, PDG de ClimateWorks déjà nommée, les autres membres appartiennent à de puissantes Fondations[90] : Larry Kramer (William and Flora Hewlett), Carol S. Larson (David and Lucile Packard), Pamela Matson (Université Stanford), Kristian Parker (Oak). Le président émérite est William K. Reilly, partenaire fondateur d’Aqua International Partners LP, un fonds d’investissement engagé notamment dans les énergies renouvelables. Reilly est aussi ancien administrateur de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement, ancien président du WWF, ancien président de la Conservation Foundation, et ancien directeur de la Rockefeller Task Force on Land Use and Urban Growth. Il dirigea également la délégation américaine au Sommet de Rio en 1992.

D)     MacCall MacBain Foundation

Elle semble peu ou prou en sommeil. Ses dernières donations remontent à 2013, avec notamment les bourses Rhodes[91] et l’une des ONG de George Soros, Human Rights Watch[92], [93]. Ses dons à l’European Climate Foundation remontent à 2012[94] et 2008[95], dans le but de promouvoir le bas-carbone et la transition énergétique.

E)      National Postcode Loterij

La loterie nationale néerlandaise, forte de ses rentrées d’argent, œuvre dans le caritatif. Richard Branson (PDG de Virgin), Bill Clinton et Tony Blair font partie de ses ambassadeurs. En 2014[96], elle fit un don de 500 000 euros à l’European Climate Foundation (2,5 millions depuis 2010[97]), 900 000 à Sea Shepherd auxquels s’ajoutèrent 7,5 millions pour l’une de ses campagnes, 13,5 millions à Oxfam avec en plus près d’1,6 millions pour une autre campagne (347 millions depuis 1990[98]), mais aussi 1,8 millions d’euros pour la Clinton Foundation (22,3 millions depuis 2005[99]).

F)      Oak Foundation

Cette ONG s’intéresse, de manière large, aux questions sociales et environnementales. Parmi ses dix programmes, sa section environnementale vise à la réalisation « d’une économie mondiale du zéro-carbone et la régénération des poissons et des habitats marins »[100], dans une vision proche de Pew. Sur le sujet du réchauffement climatique, la Oak Foundation souhaite contribuer à promouvoir les énergies renouvelables, éviter la construction de nouvelles usines à charbon, et « réduire les sources de pollution qui aggravent le réchauffement dans l’Arctique » – le même discours qu’Obama sur ce point, mais Philippe Verdier souligna, dans Climat Investigation[101], que les glaces arctiques ne fondaient nullement, bien au contraire.[102] Toutes donations confondues, c’est de très loin la ClimateWorks Foundation qui reçut le plus d’argent : 75 millions de dollars en 2014, la seconde position revenant à la Royal Marsden Cancer Campaign, 15 millions de dollars en 2009.[103] Néanmoins, pour les programmes environnementaux[104], c’est l’European Climate Foundation qui reçut le plus de financements : plus de 6,8 millions de dollars en trois ans (de début janvier 2012 à fin janvier 2014) pour l’ensemble des programmes de l’ECF[105], près de 4,8 millions en trois ans (de juillet 2013 à juillet 2016) pour promouvoir des politiques énergétiques décarbonées[106], près de 3 millions en deux ans (de début juillet 2011 à fin septembre 2013) pour promouvoir les investissements dans les énergies renouvelables[107], etc., pour un montant total de dons à l’ECF dépassant les 15 millions de dollars. Oak finance également la Fondation Energy. Mentionnons aussi que le directeur du programme Environment, Leonardo Lacerda, travailla pendant quatorze ans avec le réseau international du WWF à divers titres. Il est aujourd’hui membre du conseil scientifique de WWF Brésil, et appartint au bureau de WWF Espagne et WWF Grèce.[108]

G)     Velux Fonden

Avec Villum Fonden, elle constitue The Velux Foundations, danoises. Le Villum Kann Rasmussen (VKR) Group dont elle est issue cherche à apporter « la lumière du jour, un air frais et un meilleur environnement dans la vie quotidienne de chacun »[109], mais elle s’intéresse aussi au changement climatique.[110] Selon le rapport d’activité 2014, ces fondations fonctionnent en outre en régime public-privé avec le gouvernement danois.[111] Employant 14 500 personnes, la holding VKR possède des entreprises dans quatre secteurs : les fenêtres de toit et les lucarnes, les fenêtres verticales, l’énergie solaire thermique (point le plus intéressant pour notre article, car il s’agit d’une énergie renouvelable), la ventilation et la climatisation. Pour l’année 2014, les donations de la Villum Fonden pour l’environnement sur le territoire danois ont connu une croissance vertigineuse.[112] A noter que le VKR Group possède SolarCap, « en tête du peloton pour la fourniture de systèmes solaires de toutes tailles – des solutions pour maisons individuelles aux applications de grande taille comme l’hôtellerie, l’industrie, le chauffage urbain, la cogénération ou l’habitat collectif. Et le Danemark (Arcon Solvarme) est le précurseur dans le développement technologique de grandes centrales solaires pour le chauffage urbain. La plus grande installation solaire du monde (18 000 m2) est située au Danemark, sur l’île de Ærø. »[113]

L’European Climate Foundation dispose d’autres financeurs, non exhaustifs, qui l’aident pour des projets spécifiques :

H)     (The Finnish Innovation Fund) Sitra

Elle se présente comme « une organisation orientée vers le futur, qui promeut la compétitivité finlandaise et le bien-être du peuple finnois. [Elle anticipe] les changements sociaux en essayant de nouveaux modèles opérationnels et accélère les activités économiques afin de créer un bien-être durable. »[114] Ses programmes sont multiples. Pour l’écologie, Sitra défend une approche soutenable et met en avant le bas-carbone ainsi que les énergies renouvelables[115], et calcule l’empreinte carbone.[116] Cette organisation « non »-gouvernementale est liée – en fait – au gouvernement : Mari Pantsar, directrice du projet environnemental, a travaillé de 2011 à 2013 comme directrice stratégique du Cleantech (technologie propre) Strategy Programme. De 2007 à 2011, elle dirigea le programme du cluster finlandais sur les technologies propres. Relevons qu’elle fit partie de plusieurs bureaux d’entreprises dédiées aux technologies propres.[117] De plus, le Supervisory Board est exclusivement composé de parlementaires finlandais.[118] Mais pour l’année 2014, d’après son rapport d’activité, Sitra n’a pas financé l’European Climate Foundation.[119]

I)        Stiftung Mercator

Cette fondation privée « indépendante » (comme toujours…) souhaite que la transition énergétique serve de déclencheur pour les actions à mener au niveau mondial quant au changement climatique.[120] Le Stiftung Mercator a financé l’European Climate Foundation à 15 reprises depuis 2009. Le plus gros don (de très loin), de plus de 9,3 millions d’euros – pour la période 2012-2017 – porte sur le projet Agora Energiewende I, qui vise à promouvoir la restructuration d’un secteur énergétique fondé sur le charbon et le nucléaire vers les énergies éolienne et solaire.[121] Le Clean Energy Wire, doté de deux millions d’euros répartis de 2013 à 2017, entend informer les journalistes avec des données fiables sur la transition énergétique et les énergies renouvelables[122] – au vu de leur efficacité réelle, nous nous permettrons d’émettre des doutes. Pour 2013 à 2017 toujours, l’ECF reçut 1,5 millions d’euros pour le projet Agora Energiewende II, similaire au premier.[123] Il s’agit là des trois seuls projets sur lesquels la page des dons donne des informations précises. Une recherche sur la page des dons montre par ailleurs que les Fondations sont parfois groupées dans les fonds reçus. Le programme Urbanisierung gestalten : Deutsch-europäisch-chinesischer Dialog zur nachhaltigen Stadtentwicklung (2013-2015) finance avec 300 000 euros un ensemble de Fondations : Children’s Investment Fund, Energy, Hewlett, Oak. Le Machbarkeitsstudie Globale Klimapolitik (2012), pour 100 000 euros, les Fondations European Climate, Oak, ClimateWorks, et Children’s Investment Fund. Ces Fondations, qui se servent de l’European Climate Foundation pour financer Les Amis de la Terre et le Stranded Assets Programme, plus qu’en réseau, semblent fonctionner en vase clos.[124]

J)       The William and Flora Hewlett Foundation

Comme de nombreuses Fondations, la Hewlett a des programmes aux « buts ambitieux », comme la lutte contre la pauvreté, pour les droits et la santé, ainsi que le « limitation du changement climatique ».[125] Le site de cartographie dynamique Muckety expose, en plus de son partenariat avec la Fondation Energy, quelques-uns de ses liens passés avec des think tanks gouvernementaux : Center for Strategic and International Studies, New America Foundation, Center for Arms Control and Non-Proliferation, Center for a New American Century, Center for Global Development, Arms Control Association, et la très puissante RAND Corporation (voir notre article sur les ONG expulsées de Russie).[126] Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d’Etat des Etats-Unis, fut membre du bureau directeur de la Hewlett, de Chevron Corporation et du Conseil consultatif international de JP Morgan ; elle est un ancien membre du bureau de la Carnegie et de la RAND.[127] La page de dons de la Hewlett, en sélectionnant les donations pour le programme Environment, par ordre décroissant de montant[128], ne laisse aucune place au doute quant à son désir de peser sur la COP21 : le 27 février 2015, soit quelques mois seulement avant la Conférence sur le climat, elle accorda 33 millions de dollars à l’European Climate Foundation. Le but : « L’European Climate Foundation a été le premier réattributeur de dons de la ClimateWorks Foundation pour la réduction du réchauffement climatique, et un centre d’innovation dans le plaidoyer depuis que Johannes Meier en est devenu le directeur exécutif. Les trois prochaines années, la Fondation se concentrera sur l’expansion des ambitions climatiques de l’Union européenne au travers du développement et de l’implantation de ses objectifs pour 2030. Les Fondations œuvreront à étendre les efforts pour créer un système d’électricité propre à l’échelle continentale, instituer une norme de 70 grammes par litre de fuel pour les véhicules, et accélérer la conduite vers l’électrification du système de transport. En plus de cela, il s’agira de travailler à implanter ces politiques au sein d’Etats membres clés, notamment la Pologne, la France et la Grande-Bretagne. »[129] Outre un don de 6,5 millions de dollars à Pew en 2006 pour ses programmes Land et Energy[130], nous pouvons préciser également que, sur les vingt dons les plus importants de son programme Environment, la Hewlett en attribua quinze à la Fondation Energy, d’un minimum de cinq millions de dollars. Sept d’entre eux sont attribués à l’Energy Foundation China. Pur hasard, les trois plus importants datent des 31 mars 2015 (16,85 millions de dollars), 17 mars 2014 (16,35 millions) et 10 février 2015 (près de 16 millions). Il semble ainsi que, par le biais de ces Fondations, les Etats-Unis aient décidé de passer à la vitesse supérieure dans la guerre énergétique. La donation pour l’Energy Foundation China vise très clairement à affaiblir la France. Le programme dispose en effet que : « Energy Foundation China est un programme de la Fondation  Energy. Avec ce don, le programme a) travaillera avec les autorités chinoises pour articuler et promouvoir un nouveau modèle pour un développement économique plus soutenable sur le plan environnemental b) soutiendra le développement d’une énergie forte et d’objectifs climatiques pour le treizième plan quinquennal c) aidera les villes chinoises et les responsables régionaux des énergies renouvelables robustes, l’efficacité énergétique, et des politiques de planification urbaine d) aidera la Chine à améliorer la qualité de l’air, et e) explorera des pistes pour que la Chine réduise l’usage du charbon au profits des énergies renouvelables et de l’efficacité. La stratégie première de la Fondation Energy en Chine est de financer une politique d’aide au développement par le biais d’instituts de recherche financés par le gouvernement. »[131] Or, rappelons que le rapport « Emissions d’Etat », parmi ses trois études de cas, s’attaque à la présence d’EDF en Chine. L’entreprise y détient une centrale à charbon conventionnelle dans la province du Guangxi, une participation minoritaire (19,6%) dans trois centrales à charbon conventionnelles gérées par une entreprise chinoise, Shandong Zhonghua Power Company, ainsi qu’une part minoritaire (35%) dans une centrale à charbon supercritique dans la province du Henan Sanmexia, gérée par Datand Sanmenxia Power Generation CO. Les autorités chinoises ont fixé la durée de la coentreprise à trente ans, jusqu’en 2039. Les ONG attaquent ici EDF en dénonçant le caractère improbable de l’utilisation d’un charbon propre. Une opération psychologique qui ne resta pas sans conséquences puisque Manuel Valls annonça, en septembre, l’arrêt « immédiat et sans exception des subventions de la France aux exportations de centrales à charbon sans dispositif anti-CO2. »[132]

K)      Energy Foundation

Enfin, au moyen du réseau de la ClimateWorks Foundation, l’European Climate Foundation travaille avec la Fondation Energy, dont les lecteurs reconnaîtront quelques-uns des partenaires : John & Catherine MacArthur Foundation, The Pew Charitable Trusts, Sea Change Foundation, William & Flora Hewlett Foundation, Center for a New American Security, David & Lucile Packard Foundation.[133] Les objectifs des divers programmes de la Fondation Energy sont explicites :

  • Bâtiment : promouvoir des bâtiments et des dispositifs efficaces énergétiquement (on peut ici penser aux bâtiments à énergie positive).
  • Energie : faire croître les marchés pour l’efficacité énergétique et les sources d’énergies renouvelables.
  • Transport : améliorer l’efficacité des véhicules et promouvoir des carburants plus propres.
  • Climat : soutenir une taxe carbone pour conduire des investissements dans la technologie des énergies propres.
  • Action publique : construire le soutien pour les énergies propres et des politiques climatiques.
  • Energy Foundation China : assister la transition de la Chine vers les énergies propres.[134]

La Fondation Energy finance de très nombreux projets. Le filtre de leur page de dons annonce que seuls les Etats-Unis et la Chine en bénéficient. En parcourant les projets, il ressort que l’objet est à chaque fois la promotion des énergies renouvelables et / ou « propres ». Il est par contre plus cocasse de relever que trois plus grosses donations de la Fondation Energy ont bénéficié à la Sierra Club Foundation, et ce, sur une période d’à peine plus d’un an : trois millions de dollars le 3 octobre 2013, deux millions le 25 novembre 2014, et 1,75 millions le 24 juillet de la même année. L’European Climate Foundation figure également parmi les plus gros bénéficiaires : 1,38 millions de dollars le 27 août 2013, un million le 24 juillet 2014, 975 000 dollars le 14 mars 2013.[135] Parmi les membres du Board de la Fondation Energy, nous soulignerons la présence de son vice-président exécutif Mark Burget, qui est également le directeur régional pour l’Amérique du Nord de The Nature Conservancy, un trust caritatif, premier propriétaire terrien au monde[136], aux objectifs proches du Pew Charitable Trusts : « The Nature Conservancy est dirigée par Mark Tercek, un ancien dirigeant de la banque Goldman Sachs, il y a créé un fonds Naturevest[137], soutenu par la banque JP Morgan Chase, parce que, pour lui, TNC est une banque d’investissement dont le client est la nature elle-même. »[138]

En fin de compte, « écologie », business vert et transition énergétique et autres semblent bien appartenir au même écosystème, chapeauté par les trusts caritatifs américains et au bénéfice des Etats-Unis.

Au regard des très nombreux éléments que nous avons apportés, une ligne directrice se dégage : Les Amis de la Terre sont financés et employés, pour faire de l’agit-prop et jeter le discrédit sur les entreprises françaises stratégiques EDF et ENGIE. Loin de se battre pour l’environnement, l’ONG à l’histoire « surprenante » sert des intérêts économiques étrangers – essentiellement américains – sous couvert de protection du climat ou de « justice climatique », et en instrumentalisant les sentiments écologistes sincères.

Enfin, Les Amis de la Terre France organisent chaque année la remise du Prix Pinocchio[139], organisé avec le CRID et Peuples solidaires, « en hommage à la célèbre marionnette en bois et à sa conception très personnelle de la vérité ».[140] Les critères de sélection des entreprises ciblées sont opaques, et trois sont nominées par catégorie ; l’une de celles-ci pourrait d’ailleurs s’appliquer aux Amis de la Terre : la catégorie « Plus vert que vert », qui décerne le prix de l’entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles. Le vote se fait par les internautes. Les entreprises ciblées sont, sans surprise, presque exclusivement françaises. En 2013 par exemple, les nominés étaient, dans la catégorie « Une pour tous, tout pour moi ! » (Droits humains) : 1er Veolia, 2ème Société générale, 3ème Total ; « Mains sales, poches pleines (Environnement) : 1er Auchan, 2ème Apple, 3ème Alstom ; « Plus vert que vert » (Greenwashing) : 1er Areva, 2ème BNP Paribas, 3ème Air France.[141]

Cette année, COP21 oblige, Les Amis de la Terre organisent, du 3 novembre au 3 décembre, les Prix Pinocchio du Climat, qui « dénoncent certaines des pires entreprises, appellent à une régulation contraignantes des activités des multinationales et soulignent la nécessité d’une transition énergétique juste, pour rétablir la justice pour les populations affectées par le changement climatique, mettre fin aux énergies fossiles et soutenir la sobriété, l’efficacité énergétique, et le développement d’énergies renouvelables aux mains des communautés. » Cynisme et instrumentalisation de la misère, une fois de plus. Les trois catégories seront : lobbying, greenwashing et impacts sur les populations locales.[142]

Le site annonce travailler, cette année, avec le Corporate Europe Observatory (CEO), qui « travaille en étroite collaboration avec des groupes d’intérêts publics, des mouvements sociaux au sein et hors de l’Europe pour construire des alternatives à la puissance des grandes entreprises. »[143] Le site omet bien entendu de préciser que le CEO est entre autres financé par l’Adessium Foundation, l’Open Society Initiative for Europe de Soros, la Goldsmith Foundation (JMG), l’Oak Foundation, ou encore le Rockefeller Brothers Fund.[144]

***

Tout ceci nous amène à plusieurs questions :

  • Manuel Valls et Ségolène Royal, une fois après avoir pris connaissance de ces faits accablants, auront-ils le courage de revenir sur leurs décisions pénalisant nos entreprises ?
  • Les Amis de la Terre France et leurs militants comptent-ils garder à leur tête Cynthia Sou, qui annonce – sans rire – mettre en œuvre « la stratégie d’indépendance financière de la fédération » et continuer, de ce fait, à être soit complices, soit pris pour des idiots ?
  • Comment Cynthia Sou et son équipe peuvent-ils continuer de cautionner Paul Ehrlich et ses propos eugénistes ?
  • Doit-on, à l’instar de la Russie, signaler Les Amis de la Terre comme étant des « agents de l’étranger » – leur ingérence à des fins de guerre économique apparaissant assez claire ?

 

Cartographie grande taille : http://www.fondation-prometheus.org/wsite/wp-content/uploads/Les-Amis-de-la-Terre.jpg

 


[10] Déclaration faite à E Magazine : https://www.activistfacts.com/person/3507-david-brower/, également cité dans Trashing the Economy, de Ron Arnold et Alan Gottlieb (1993).

[11] https://assets.documentcloud.org/documents/1630046/societyforo00016.pdf, citation issue de The Coercive Utopians (1985).

[25] http://www.ina.fr/video/CAF88001063, autour d’1 minute 10.

[86] Nous avons volontairement laissé de côté Mark Dybul, Gerry Elias et Chris Hohn, dont les parcours ne nous intéressent pas directement ici.

[101] Verdier (Philippe), Climat Investigation, éditions Ring, 2015, 288 p.

[111] Ibid.

[112] Ibid.