Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Mars 2017

L’Europe est un poids lourd de l’industrie mondiale. Ce secteur a permis à notre continent d’occuper la place de premier exportateur mondial. 80% des investissements industriels sont consacrés à la recherche et au développement. Pour autant, ce statut enviable n’est pas dû aux protections que la Commission européenne apporte aux entreprises de ce secteur. Loin s’en faut, au point que cinq ministres européens (de France, d’Italie, d’Espagne, de Pologne, d’Allemagne et de France) tirent la sonnette d’alarme et demande la mise en place d’une politique industrielle appropriée.La réciprocité figure parmi les mesures-clés requises. Aujourd’hui, l’industrie européenne, qui emploie 34 millions de personnes, est pénalisée par des concurrents qui ne se soumettent pas aux mêmes règles que nous. Cette crainte légitime est une réponse directe à deux éléments majeurs. La Chine, dont les investissements s’amplifient et dont le statut d’économie de marché devait être reconnu le 11 décembre 2016. Si les Etats-Unis, l’Europe et le Japon continuent de s’y opposer, l’Empire du Milieu accentue sa pression, et on compte déjà près de 80 pays qui lui accordent ce statut [1]. Mais alors que la Chine peut investir en Europe et racheter nos entreprises industrielles, ces dernières subissent des restrictions bien plus drastiques lorsqu’elles s’établissent sur le sol chinois. L’accès aux marchés est inique, à nos dépens. Les investissements chinois sur le sol européen « explosent » : « après avoir bondi de 44% [en 2015] (à 20 milliards d’euros), ils battent tous les records depuis le début de l’année. Du fleuron allemand de la robotique Kuka, racheté pour 4,6 milliards d’euros, en passant par le chimiste suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, jusqu’aux prestigieux clubs de football comme l’AC Milan ou l’Inter Milan, les annonces de rachat sont désormais quasi-quotidiennes. La Chambre de commerce a recensé pas moins de 119 investissements ou projets d’investissements chinois dans l’Union européenne de juin 2015 à juin 2016 ! » [2] Outre le Buy American Act de 1933 et la politique industrielle de Donald Trump qui donne –la priorité aux entreprises nationales, les Etats-Unis ont quant à eux obtenu que leurs PME répondant à des marchés publics américains ne soient pas liés par le principe de réciprocité.
A quand un Buy European Act ? Nicolas Sarkozy l’avait déjà proposé en 2012 et à nouveau en 2016. La Commission européenne semble pour autant peu pressée, allergique à ce concept même alors qu’il n’est, dans le domaine commercial, que ce qu’est la courtoisie dans la vie habituelle ! Tout au plus, en décembre 2016, commençait-on à se presser pour mettre en place un Buy European Act dans le domaine ferroviaire pour se défendre contre le danger chinois : « Le groupe CRRC (le géant du rail chinois China Railway Construction Corp.) pèse plus à lui seul que Siemens, Alstom et Bombardier réunis, et il vient de faire l’acquisition de la partie ferroviaire du tchèque Skoda ». [3] Combien de rachat d’entreprises, de pillages technologiques et d’emplois détruits devrons-nous attendre avant que les Commissaires sortent de leur tour d’ivoire et comprennent que la réciprocité, notamment dans l’accès aux marchés publics, est une politique de bon sens, garante de la survie de nos industries, de nos emplois et du rang de puissance mondiale de l’Europe ?

 

Notes :

[1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/12/10/20002-20161210ARTFIG00023-pres-de-80-pays-accordent-deja-le-statut-d-economie-de-marche-a-la-chine.php

[2] http://www.lesechos.fr/02/09/2016/LesEchos/22268-031-ECH_les-europeens-veulent-plus-de-reciprocite-avec-la-chine.htm 

[3] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/l-ue-reflechit-a-un-buy-european-act-pour-le-ferroviaire-622186.html