Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Mars 2017

La campagne présidentielle américaine aura fait tomber de nombreux masques. L’hypocrisie au sujet des lanceurs d’alerte en est un. En France, ce sujet est très révélateur du biais idéologique des opposants au secret des affaires. Si certaines pratiques scandaleuses doivent à juste titre être dénoncées, on a pu s’interroger sur les motivations de certains de ces chasseurs d’ « opacité ». Par exemple, qui ne se rappelle de Charles Simon, cadre de la SNCF qui avait été mis « au placard » pendant douze ans ? Payé 5 000 euros par mois pour rester chez lui en attendant une affectation qu’il n’obtînt jamais [1], ce n’est que lorsqu’il apprit sa possible mise à la retraite qu’il entreprit une grève de la faim pour demander des dommages et intérêts à l’entreprise. Pour son long silence, il prétend qu’ « avant la loi de décembre 2013, il n’existait pas le statut de lanceur d’alerte. Je n’avais pas le droit d’informer la justice ou la presse. Sinon, je pouvais être licencié pour faute grave. » Il commençait alors cette grève de la faim « juste pour que la loi de mon pays soit appliquée, rien de plus. » [2] Rien de plus… sauf que Charles Simon demanda à être nommé contrôleur général de la SNCF et à obtenir le statut de lanceur d’alerte.
Ce n’est certes qu’un cas, particulièrement scandaleux. Au cours de la campagne présidentielle, l’organisation de Julian Assange (Wikileaks) publia en plusieurs temps un grand nombre de courriels de John Podesta, directeur du Center for American Progress et directeur de campagne d’Hillary Clinton. Le contenu est accablant et révèle le dessous des cartes de celle qu’on appelait déjà « la Présidente » : discours rémunérés pour Goldman Sachs et grande proximité avec Wall Street – Mme Clinton insistait sur la nécessité de cacher des informations au public –, manipulations diverses au cours des primaires afin de flouer Bernie Sanders, entente avec certains médias et journalistes, mouvements étranges sur les comptes de la Fondation Clinton… [3] Et comme le confirma Julian Assange dans un entretien, la Fondation Clinton a comme financeurs le Qatar et l’Arabie Saoudite. [4]
De telles informations auraient dû provoquer un véritable scandale dans notre pays. Il n’en fut rien. Aux Etats-Unis, on se rappelle que sur 200 médias, 194 soutenaient Hillary Clinton [5]. En France, un sondage d’opinion rapportait que la Démocrate avait les faveurs de 86% des exprimés [6]. Les contenus de ce « Clinton Gate » trouvèrent-ils un écho chez les défenseurs de la transparence et de l’intégrité ? Les partisans des lanceurs d’alerte saluèrent-ils le courage de Julian Assange en demandant en même temps que les médias informent le public de ces révélations ? Nullement. Silence également lorsque la connexion du fondateur de Wikileaks fut coupée [7]. Doit-en déduire qu’il existe de bons et de mauvais lanceurs d’alerte ?
Comment expliquer par exemple le silence d’Elise Lucet, d’habitude si prompte à dénoncer des scandales et à soutenir les lanceurs d’alerte quand ceux-ci mettent en cause des entreprises françaises ? Cette « investigatrice », élue femme la plus méritante de 2016 par un sondage d’Harris Interactive [8], ne se fendit même pas d’un tweet de soutien.
Dans la même veine, des organisations de premier plan dans la défense des lanceurs d’alerte ont brillé par leur absence. On pensera ici à Human Rights Watch et Transparency International France en particulier, mais aussi à l’avocat William Bourdon. Sherpa, l’ONG de ce dernier, avait pourtant porté plainte contre le cimentier Lafarge le 15 novembre 2016, notamment pour « financement du terrorisme ». Sherpa accusait l’entreprise d’avoir opéré dans une zone où sévissait l’Etat Islamique. Mais ni Bourdon ni Sherpa ne semblent dérangés que la Fondation Clinton soit financée par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Le fondateur de Human Rights Watch fut pendant vingt ans président de l’Open Society de Soros, Transparency International France travaille avec l’ONG Anticor que finance Soros, et la branche américaine de TI avait remis – un comble ! – un « Integrity Award » à Hillary Clinton [9]. Quant à William Bourdon, l’Open Society fait depuis longtemps partie de ses amicaux soutiens. Rappelons ici que le milliardaire Soros fut l’un des principaux soutiens et bailleurs de fonds d’Hillary Clinton (25 millions de dollars) après avoir soutenu Obama pendant huit ans…
La sincérité de ces défenseurs des lanceurs d’alerte est un leurre. Si les révélations d’Assange avaient accablé Trump, il est probable que les personnes et organisations précitées se seraient saisies de l’affaire.

 

Notes : 

[1] http://www.lepoint.fr/societe/sncf-un-cadre-paye-a-ne-rien-faire-13-08-2015-1956470_23.php#xtor=CS3-192

[2] http://www.aisnenouvelle.fr/region/le-saint-quentinois-charles-simon-sort-du-placard-et-ia16b108n260450

[3] https://wikileaks.org/dnc-emails/

[4] https://www.youtube.com/watch?v=OPa8rF9XPxs

[5] http://www.bfmtv.com/international/sur-200-medias-americains-194-avaient-soutenu-hillary-clinton-1057376.html

[6] http://www.francesoir.fr/politique-monde/sondage-86-des-francais-esperent-la-victoire-dhillary-clinton

[7] http://www.lesoir.be/1345099/article/actualite/fil-info/fil-info-internet/2016-10-17/connexion-internet-julian-assange-coupee-wikileaks-met-en-cause-

[8] http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/exclusif_elise_lucet_elue_femme_la_plus_meritante_de_2016_par_les_francais_382406

[9] http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2012/03/186148.htm