Un autre regard sur la mondialisation et l'industrie

Président :
Bernard Carayon
(Ancien député UMP du Tarn)

Vice-Président :
Jean-Michel Boucheron
(Ancien député PS d'Ille et Vilaine)

Actualités

Des acteurs majeurs de la société civile résistent encore et toujours à cette exigence démocratique : les ONG. Grâce à un lobbying intense.

En France, le thème est à la mode. Les membres du gouvernement sont contraints d’exhiber leur patrimoine. Ce sera bientôt le tour des parlementaires. Les entreprises mobilisent la transparence au service de leur communication. La France qui a transposé dans son droit, depuis 2000, la convention OCDE de lutte contre la corruption des agents publics (inspirée par le gouvernement américain) est sans doute le meilleur élève de la classe des États signataires. Mais elle n’a cessé, depuis, de perdre des marchés internationaux, en particulier dans les secteurs sensibles de la défense et de l’énergie, gagnés par des concurrents moins scrupuleux.

Si la transparence des associations classiques, sportives, culturelles ou caritatives, a progressé, ce n’est pas le cas des ONG les plus riches, les plus puissantes, les plus activistes, à l’instar de Greenpeace, de Transparency International (TI) et de Trace, qui jouent un rôle majeur dans les processus de décision publique auprès de la Commission européenne et des organisations internationales.

Transparency International, par exemple, n’est indépendante ni financièrement ni culturellement : son existence doit tout à des fondations (Bill Gates et Soros) et à des multinationales anglo-saxonnes (BP, Shell, General Electric, Procter & Gamble) ou encore à des institutions gouvernementales (USAID, l’Agence américaine pour le développement international, notoirement proche de la CIA). TI-UK, la branche britannique de l’ONG, est financée à 60 % par le gouvernement britannique via le Département du développement international (DFID).

TI a acquis ses titres de noblesse en évaluant la transparence des États : l’“indice de perception de la corruption”, défini à partir d’un panel totalement opaque de “personnalités”, classe curieusement la France au même niveau — 22e — que les Bahamas. Qui s’en émeut ?

Il serait opportun que l’organisation publie les critères de composition de son panel et le nom de ses principaux donateurs privés pays par pays. Souhaitable aussi qu’elle exerce ses talents avec autant d’équité dans les pays du Golfe, en Russie et en Chine, qu’en Europe ou en Afrique !

TI n’échappe d’ailleurs pas aux contradictions : le président du “chapitre” français, Daniel Lebègue, a engagé une action en justice contre le président de la Guinée-Équatoriale (procédure dite des “biens mal acquis”) où travaille une entreprise parapétrolière française, Technip, dont il était, jusqu’à une date récente, administrateur. TI concentre ses actions judiciaires sur les pays africains avec lesquels la France entretient des relations de proximité, mais s’abstient de ce type de procédure à l’encontre d’autres États du continent, plus proches des Anglo-Saxons…

Trace est présidée par Alexandra Wrage, ex-directrice du groupe américain de défense Northrop Grumman, dont l’éthique a été sujette à débat ! L’ONG propose de fournir des intermédiaires “vertueux” aux entreprises et gouvernements pour leurs relations d’affaires internationales. Ceux qui refusent s’exposent au soupçon, ceux qui acceptent partagent leurs secrets. Bel exemple d’un “business de l’éthique” au service de la puissance dominante.

Greenpeace est bien connue pour ses coups d’éclat médiatiques, moins pour son opacité. Le remarquable rapport des députés Jean-Michel Boucheron (PS) et Jacques Myard (UMP) avait souligné qu’« à l’évidence, Greenpeace est une organisation opaque, qui ne souhaite pas faire trop de lumière sur ses méthodes et surtout ses financements ». Et lorsque Greenpeace fut invitée par les deux parlementaires à présenter ses comptes, l’organisation prétexta qu’« on ne discute pas avec un parti politique [l’UMP !] qui prône la violence ou des valeurs contraires à la solidarité et au respect des autres ».

Comme les entreprises, les pouvoirs et les responsables publics, les ONG doivent évidemment se soumettre à l’évaluation de leur gouvernance et de leur transparence. C’est l’une des missions que s’est assignée la Fondation Prometheus, qui publie, depuis six ans, un baromètre éthique dédié à ces acteurs importants de la mondialisation. On notera qu’aucune de ces trois ONG n’a souhaité répondre au questionnaire… Surprenant ?

 

Bernard Carayon

 

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